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Billet d’humeur #55 : “Veut-on la mort des ambulanciers privés ?”

Les ambulanciers sont en première ligne dans la prise en charge des patients potentiellement infectés par le COVID-19. Ils interviennent en effet sur appel du centre 15 avant l’examen de tout cas suspect par un médecin et se doivent d’être préparés, protégés et prêts à agir vite. Les ambulanciers sont les yeux et les oreilles du médecin et c’est de leur efficacité que dépendra l’endiguement de l’épidémie si elle vient à se déclarer.

Il ne serait pas inutile que nos partenaires institutionnels se souviennent du rôle pivot tenu par les ambulanciers au quotidien et dans les situations exceptionnelles telles que celle que nous vivons actuellement. En effet, les acteurs du transport sanitaire sont très inquiets quant à la pérennité de leur profession qui souffre fortement. Malgré une présence de plus en plus affirmée dans l’urgence pré-hospitalière et un rôle pivot davantage reconnu dans la permanence de soins, les ambulanciers privés se demandent si leurs services sont encore souhaités. N’ayant pas connu de revalorisation tarifaire depuis 2013 (les tarifs de garde depuis 2003) et face aux multiples coups de boutoir dus à la conjoncture économique et aux choix du gouvernement (fin du CICE, réforme de la CVAE, évolution des coûts sociaux et du prix du carburant, mise en place de l’article 80…), le secteur assiste à une dégradation vertigineuse de sa situation économique qui place les entreprises en situation d’urgence absolue et leur trésorerie sous tension. Le secteur avoue son incompréhension de la logique suivie par les autorités de tutelle : les entreprises d’ambulances sont contraintes d’assurer des gardes sous peine de retrait d’agrément mais doivent, dans la logique du « en même temps » chère au gouvernement, appliquer 60 % de remise. Les entreprises obéissent aux injonctions d’optimisation par l’article 80 en transférant l’enveloppe aux hôpitaux mais ne disposent d’aucun moyen pour ce faire. Et nous constatons que la réforme dite de l’article 80 est un échec puisque l’optimisation n’est finalement pas au rendez-vous. Comme si cela n’était pas suffisant, le transport sanitaire souffre d’une mise à l’écart sur certains dossiers qui ne peut qu’être préjudiciable pour la profession que nous représentons.

En effet, les ambulanciers n’ont pas été associés aux concertations entreprises par le ministère de la Santé sur le dossier de la crise des urgences alors que nous avions alerté la DGOS et le cabinet de la ministre dès le mois de septembre. Pire, la réforme des transports urgents pré-hospitaliers et la réorganisation de la garde ambulancière, dans le cadre desquelles les fédérations travaillent depuis juin 2018, n’ont cessé de prendre du retard. Alors que la CNSA avait fourni données statistiques étayées et argumentaires consensuels, la CNAMTS puis la DGOS ont atermoyé tant et si bien que la mise en place de la réforme prévue pour janvier 2020, n’avait au début du mois de février 2020, pas bougé d’un iota et ce, malgré nos multiples relances et demandes de rendez-vous. Si la mise en place des aides transitoires dans le cadre de l’urgence pré-hospitalière et des aides de sauvegarde de la profession – ces dernières ayant été définies à la fin du mois de février seulement – est une action indispensable à la survie des entreprises qui leur permettra d’attendre la mise en place effective de la réforme au début de l’année 2021, ce dispositif ne vient que bien tardivement.

Les fédérations du transport sanitaire sont enfin dans l’expectative concernant l’issue des négociations conventionnelles qui viennent de s’ouvrir avec l’Assurance maladie et espèrent que des avancées concrètes et significatives, notamment sur la tarification, seront enfin actées. L’opportunité se présente, saisissons-la ! Notons encore les positions récurrentes du ministère de l’Intérieur qui dévalue la prestation du transport sanitaire en persistant à la confier à des personnels non qualifiés et à leur octroyer des droits supérieurs aux professionnels de santé ambulanciers. Ces derniers ne comprennent plus ce qu’il est attendu d’eux, si ce n’est de servir une énième fois de faire-valoir aux services publics ou de remplir les missions que les pompiers ne souhaitent pas faire. Nous rappelons à bon entendeur, que les ambulanciers sont les seuls professionnels diplômés et qualifiés pour effectuer du transport de patients vers et entre les hôpitaux tout en respectant la régulation médicale et les filières de soins. À cet effet, des contacts permanents sont noués avec les fédérations hospitalières. Se passer des services des ambulanciers, c’est condamner des patients à ne pas être pris en charge et mettre des vies en danger, alors que plus d’une vie sur trois est sauvée par un ambulancier privé. C’est également mépriser une profession qui assure un maillage territorial efficace et qui est animée d’une vocation à toute épreuve. La CNSA appelle les autorités à écouter la voix des ambulanciers et à prendre en compte leurs demandes : assurer une activité complémentaire avec les pompiers et rendre service au personnel médical en approfondissant notre collaboration, dans le cadre notamment du développement de la télémédecine dans les territoires ruraux.

 

Dominique Hunault, président de la Chambre nationale des services d’ambulances

 

Nicolas Lefebvre

Journaliste dans la presse économique depuis 2002, il publie également un livre d’investigation aux éditions de l’Archipel en 2010. Secouriste bénévole, sauveteur aquatique et moniteur de premiers secours entre 2004 et 2018, il consacre sa maîtrise d’Histoire contemporaine à l’institutionnalisation du secourisme au sortir de la seconde guerre mondiale.En 2011, il fonde Oxygène Editions afin de publier Secours Mag, puis en 2017, SST Mag. Il assure aujourd’hui la rédaction en chef de ces deux titres de presse professionnelle.

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